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Les nouvelles technologies, un actif stratégique dans la croissance du Groupe Claire

18/02/2020

Rencontre avec Damien VERHEE, Président-directeur général du groupe Claire

Crée en 1900, le groupe Claire – Sainte-Lizaigne est spécialisé dans la conception, la fabrication et la distribution d’équipements destinés à l’adduction d’eau potable, depuis le branchement sur la conduite principale à l’environnement de comptage chez les consommateurs finaux. Issu d’un spin-off de Veolia réalisé en 2011, le Groupe fait partie des leaders du marché français.

Société Générale Capital Partenaires (SGCP) a réalisé un investissement en décembre 2018 aux côtés de GIMV, actionnaire majoritaire du groupe Claire

  1. Issu d’un spin-off de Veolia réalisé en 2011, le groupe Claire est aujourd’hui le 2ème acteur français de son secteur et réalise un chiffre d’affaires (CA) de plus de 55 MEUR. Pouvez-vous revenir sur les grandes étapes qui ont conduit à ce beau succès ?

Ayant rejoint la direction générale du groupe à partir de 2006, j’ai eu la chance d’être témoin de sujets tels que la restructuration ou l’organisation d’une filiale du groupe. A la suite du spin-off de Veolia en 2011, le terrain était propice au démarrage d’un projet avec Industrie et Finance Partenaires sur la base d’une stratégie résolument orientée vers la croissance et notamment la croissance externe. Cela m’a semblé extrêmement positif pour une PME historique et industrielle de manière à répondre aux enjeux de diversification, d’innovation, de croissance et d’internationalisation. 

Finalement, les grandes étapes à partir de 2011 ont été de poursuivre et d’accélérer cette stratégie mise en place au sein de l’entreprise avec d’autres moyens et d’autres ambitions.

Dès le départ, trois axes ont fondé ce projet à savoir la diversification du portefeuille clients, la diversification du portefeuille produits et l’intégration du savoir-faire stratégique dans l’évolution du métier de l’eau. Des axes qui sont fondamentaux dans la manière dont on envisage le devenir et la stratégie de l’entreprise.

Très schématiquement, l’historique de la constitution du groupe Claire est passé par l’acquisition en 2014 de la société V.V.Electronic. Cette acquisition nous a permis dès le départ d’intégrer le savoir-faire de fabrication électronique au sein de l’entreprise. Les dimensions de pilotage et de contrôle inclus ont apporté une valeur ajoutée certaine à nos produits.

En 2015, l’acquisition du groupe Hydromeca nous a permis de répondre aux enjeux de diversification du portefeuille clients et du portefeuille produits.

L’année 2016 a été marquée par deux nouvelles acquisitions. La première, UD-Access, en mars 2016, a également renforcé notre portefeuille clients. La deuxième concerne la société Fast basée en Allemagne. Cette dernière est spécialisée dans la conception, la fabrication et la distribution de capteurs et d’équipements pour la recherche de fuites. Ce savoir-faire dans la détection de fuites nous a donné l’occasion de remonter dans la chaîne de valeur et ainsi apporter à nos clients des réponses encore plus efficaces.

Enfin, la dernière opération réalisée est l’intégration de l’activité irrigation en 2017, auparavant détenue par le groupe américain Itron. Grâce à une forte synergie industrielle, elle a contribué à compléter notre gamme de produits et notre gamme de clients.

Enfin, GIMV, société européenne d’investissement, est entrée au capital de Claire au travers de sa plate-forme sectorielle « Sustainable Cities » accompagné de Société Générale Capital Partenaires, de manière à poursuivre et accélérer la stratégie que nous avions mise en place et que nous avons, je pense, pour une bonne partie sue concrétiser.

  1. Pour moitié âgé de plus de 40 ans, le réseau français d’adduction d’eau potable est la source de multiples fuites qui génèrent une perte de 22% sur la production globale d’eau. Comment le groupe Claire se positionne face à cette obsolescence du réseau français et quels sont les enjeux stratégiques qui en découlent ?

Le cœur de métier de Claire est de fournir du matériel pour les réseaux d’eau potable. La particularité de notre métier est d’adresser principalement le réseau d’eau public. Il s’agit donc d’un patrimoine collectif. Pour donner quelques chiffres : le réseau d’eau en France représente près d’un million de kilomètres de canalisation sous terre. Ce patrimoine a été sous investi depuis plusieurs dizaines d’années puisque le réseau d’eau est renouvelé à hauteur de 0.6% par an, ce qui est insuffisant. Cela nous amène à avoir aujourd’hui un réseau en France qui est peu efficace puisque plus de 20% de l’eau qui rentre dans ce réseau est perdu en fuite. Ces enjeux qui sont à la fois économiques, sociétaux et environnementaux existent depuis longtemps et sont a fortiori d’aujourd’hui encore moins acceptables qu’auparavant.

Naturellement, le premier point consiste à améliorer le niveau des équipements et leur qualité. Cependant, les contraintes budgétaires des collectivités rendent difficile d’envisager que le niveau d’investissement, qui devrait être trois fois supérieur, puisse être atteint. 

Néanmoins, nous avons aujourd’hui la chance d’envisager des technologies qui sont relativement mûres et techniquement fiabilisées et viables. Elles permettent d’apporter des réponses nettement plus efficaces tout en ayant une meilleure maîtrise du diagnostic. Aujourd’hui, les systèmes que nous proposons permettent d’identifier, sans réaliser de tranchées, les fuites potentielles et même de les pré-localiser dans le but d’avoir une allocation plus efficace des budgets alloués et ainsi avoir des actions plus précises.

Je pense que le point important est de considérer cette obsolescence du réseau comme une opportunité pour des acteurs comme nous de sortir des attributions traditionnelles pour s’orienter vers des attributions communicantes et intelligentes. Cela va amener une couche différenciante dans la chaîne de valeur pour nos clients tout en ayant une approche globale.

Finalement si on devait résumer en une phrase l’évolution de notre transformation ce serait que nous sommes passés d’une position de fournisseur de produits à une position de partenaire sur l’ensemble de la problématique d’efficacité des réseaux pour nos clients.

  1. En 2019, moins d’un an après l’entrée de GIMV et SGCP, le groupe Claire a réalisé une opération de croissance externe avec l’acquisition d’Ijinus. Pouvez-vous nous parler de la gamme technologique « Smart Cities » portée par la croissance dynamique d’Ijinus ?

Notre stratégie est d’être, pour nos clients, des partenaires capables d’amener des solutions de performance des réseaux. Nous souhaitons aujourd’hui amener d’autres briques pour avoir la meilleure utilisation possible des ressources et gérer au mieux les réseaux d’eau.

Avec tous les éléments cités précédemment, l’intérêt d’intégrer une société comme Ijinus se présente comme une évidence. Cela se justifie notamment par la croissance que nous pouvons avoir sur ce type d’activité.

Le groupe est constitué de deux piliers : un pilier traditionnel historique qui est fournisseur de matériel avec un engagement historique de qualité et de performance, qui constitue la branche Claire Product. Ce pilier s’adresse à un marché plutôt mature et résilient. Le second pilier permet d’adresser des solutions qui peuvent prendre la forme de produits ou de prestations de services. Ces solutions visent un marché qui lui est naissant avec un potentiel de croissance plus fort. La réponse à toutes les problématiques d’efficience des réseaux se trouve donc au niveau de ce second pilier, qui constitue la branche Claire Connect.

On peut d’ailleurs élargir, et c’est tout l’intérêt, à des types de clients qui vont au-delà du réseau d’eau publique que l’on connaît habituellement. Par conséquent nous souhaitons former ce pôle de produit communiquant destiné à une meilleure gestion des réseaux d’eau. 

  1. Pourquoi avoir choisi le nom « Smart Cities » pour cette gamme ? 

En réalité ce n’est pas comme ça que nous la désignons. La problématique de la « smart city »est devenue à mes yeux un terme assez vaste dans lequel chacun y met des choses différentes. Aujourd’hui le pôle est désigné « Claire Connect ». Nous sommes passés de solutions passives à des solutions actives ayant un rôle à la fois de mesure, de monitoring mais aussi de pilotage à distance. Ce sont, à mon avis, ces éléments qui permettent d’apporter véritablement de l’efficacité.

  1. Aujourd’hui, linternational constitue un axe majeur de développement pour les grands groupes clients de Claire. Avec 85% de son CA réalisé en France, comment voyez-vous évoluer la stratégie du groupe Claire pour répondre aux attentes de ses clients ?

Concernant l’international je vous ai décrit les deux piliers traditionnels de Claire. Le premier pilier du groupe est la fourniture de produit. Ce qu’il faut savoir c’est que dans les métiers de l’eau, les produits sont très spécifiques en fonction des pays. Les produits que nous commercialisons sont donc adaptés aux spécificités, aux habitudes et aux contraintes du marché français, ou aux marchés qui s’y identifient. Ils sont donc très difficilement exportables à l’exception des zones dans lesquelles les acteurs français d’eau ont une influence et une présence notable.

Le terrain de jeu reste donc néanmoins limité malgré la dimension internationale de certains acteurs majeurs français (Veolia, Suez et Saur).

Ensuite, l’intérêt du deuxième pilier et des produits communicants dont je vous ai parlé est d’amener des solutions technologiques qui sont complétement nouvelles. Ces solutions ne vont pas avoir ces contraintes de spécificités nationales. Bien au contraire, elles vont répondre à des problématiques qui sont bien plus larges et dans certaines zones, encore plus fortes qu’en France.

Notre objectif, par le développement de ce pôle de produits communicants « Claire Connect », est bien évidemment d’ouvrir de nouveaux débouchés de marché mais surtout de pouvoir le faire avec une dimension internationale.

Directeur de Participations Société Générale Capital Partenaires